La Capoeira : une lutte d'esclaves devenue sport national au Brésil

Entre art du combat et danse, la capoeira est une discipline pas comme les autres. Chargée d'histoire, elle est passée en cinq siècles du rang de lutte pratiquée par des esclaves africains au rang de sport star au Brésil. Récit.
Démonstration de Capoeira sur une plage, à Salvador de Bahia au Brésil.

"Ce fut dans les senzalas du Reconcavo (région de Salvador de Bahia, connue pour ses champs de cannes à sucre et ses maisons d'esclaves, ndlr) que naquit la Capoeira". Pour le célèbre mestre Bimba, père fondateur de la version dite " Regional " de ce sport - tournée vers la lutte comme à l'époque des esclaves –, le berceau de son art ne fait aucun doute. En revanche, ce sage reconnaît aussi que les premiers capoeristes étaient d'origine africaine et plus précisément angolaise. Il s'agissait en effet des esclaves noirs déportés vers le Brésil au XVIe siècle. Dans un souci de résistance, ils développèrent leur propre lutte tout en faisant mine de danser pour ne pas être repérés. Un art inspiré de la danse du zèbre angolaise, le N'Golo, qui se pratiquait lors des rites d'initiation des adolescents. Quant au mot Capoeira, il serait un dérivé de " kipura " - dans la tradition africaine bantu-kongo -, un terme qui décrit les déplacements d'un coq durant un combat.

Mutation et expansion

Début XXe siècle, la capoeira s'est répandue et institutionnalisée dans tout le Brésil. Elle se pratique sur des rings, les premiers manuels sortent de presse et on l'assimile petit à petit à une gymnastique nationale. L'engouement est tel qu'elle devient vite le sport préféré des classes moyennes et des étudiants. Deux versions se côtoient alors : la capoeira " Regional " développée pour le combat et la Contemporaine, plus acrobatique, qui s'apparente davantage à une discipline sportive. Une démocratisation qui permet à la capoeira de s'exporter, dès les années 70, aux Etats-Unis puis en Europe. Face à un tel succès international, cette lutte chargée d'histoire, de souffrances et d'espoirs, reçoit finalement ses lettres de noblesse en devenant sport officiel, au Brésil, en 1972.